Yves-Antoine, de la gestion des déchets industriels à l’économie circulaire

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Rencontre avec Yves-Antoine Bauche, passé d’ingénieur industriel à Chargé de mission économie circulaire pour la ville de Roubaix.

Quelle était ta vie d’avant ?

J’ai suivi une formation d’ingénieur pour l’industrie, un parcours très logique et « dans les clous ». J’ai commencé ma carrière dans la sécurité et l’environnement parce que je voulais déjà avoir de l’impact. Après, j’ai rejoint un grand groupe de gestion de l’eau et des déchets, encore une fois pour la recherche d’impact. J’étais ingénieur maintenance dans la sous-traitance industrielle sur la récupération des déchets métalliques. C’était une expérience très intéressante, mais il y a eu trois déclencheurs qui m’ont décidé à faire un premier virage de carrière.

Le premier a été la crise de 2010. Le marché est devenu morne, les projets ralentissaient, et je commençais à m’ennuyer dans mon quotidien. Le second, c’était le non-alignement des valeurs entre ma boîte et moi. Je n’étais pas en accord avec la manière de traiter les problèmes environnementaux. Le troisième élément a été le décès d’un collaborateur pendant une intervention. Selon ma perception, le décès n’a pas assez remis en cause les pratiques de l’entreprise. J’étais dans l’incapacité de faire bouger les lignes. J’ai réalisé que je ne me reconnaissais pas dans ce système.

J’ai donc décidé de changer de secteur, et j’ai rejoint les Scouts et Guides de France, mouvement d’éducation populaire. J’ai été adjoint puis directeur régional sur les Hauts de France et la Normandie. Pour moi ça a été un premier switch réussi car j’ai pu transférer mes compétences du secteur privé vers l’associatif. J’ai fait de l’accompagnement et du management de bénévoles et de salariés, de la conduite du changement, de la gestion de conflits, de la stratégie, de la représentation extérieure. J’ai contribué à des projets de grandes envergures (rassemblements de 15 000 personnes par exemple). Et à l’époque, je ne réalisais pas qu’en étant salarié des Scouts et Guides de France, j’appartenais à un mouvement plus large qui est l’ESS.

L’élément déclencheur ?

A la fin de mon mandat associatif, et après être devenu papa, j’ai donc cherché à comprendre cet écosystème de l’ESS. Je n’arrivais pas à bien le cerner. Cela semblait opaque, difficile d’accès, et je me demandais à quel point c’était bullshit ou non.

Par réseau, j’ai connu le Programme Associé On Purpose et j’ai été séduit. Après 12 ans de vie professionnelle, j’y voyais l’opportunité de comprendre l’ESS de l’intérieur et d’y trouver ma place. Le format par alternance du Programme m’a plu. C’est ce que j’avais fait lors de mes études d’ingénieur, et j’étais convaincu des vertus de l’alliance entre pratique et théorie. Ce qui m’a également convaincu, c’est le risque limité. J’allais être rémunéré pendant un an, certes de manière plus limitée qu’avant, mais cela m’a rappelé le sens des réalités : beaucoup de gens vivent au SMIC, et moi aussi je pouvais le faire. Les conditions matérielles étaient donc remplies, d’autant plus que c’est On Purpose qui se chargeait de trouver des missions stratégiques à fort impact sur lesquelles j’allais pouvoir m’investir. Durant le programme, j’ai appris à travailler complètement autrement, et nulle part ailleurs je ne me suis autant développé personnellement.

Et maintenant ?

Cela fait deux ans que je travaille pour la Mairie de Roubaix. En 2014, le Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie, a lancé des appels à projet « Territoire Zéro Déchet Zéro Gaspillage », afin d’identifier des territoires volontaires pour s’engager sur la réduction du gaspillage, la prévention et la valorisation des déchets. La ville de Roubaix s’est présentée et a été lauréate, bénéficiant d’un accompagnement de l’Ademe.

Grâce aux dispositifs mis en place, certes le volume de déchets des habitants diminue, mais cela présente d’autres avantages. Nous constatons une augmentation du « reste à vivre » des foyers parce qu’ils changent leur manière de consommer (ils achètent moins et mieux). Cela stimule la création de lien social, les roubaisiens de tous quartiers partageant un projet commun. Cela impulse aussi des changements profonds dans les parcours de vie des gens qui s’investissent dans cette dynamique.

Je développe deux axes au sein de mon poste. Le premier est de créer un lieu accélérateur de la transition écologique au sein d’un ancien couvent de la ville. Le second est économique, la problématique étant de réussir à engager les acteurs économiques, de la startup en incubation au grand groupe du territoire, dans ce projet. C’est là que mes expériences ont été d’une grande aide. Le fait d’avoir travaillé dans le privé, l’associatif, puis le social et l’insertion pendant mes placements On Purpose m’a permis d’avoir un langage commun avec chacun de ces acteurs. Je me sentais capable d’être un catalyseur de coopérations territoriales, qui est au final l’enjeu majeur de mon poste.

Aujourd’hui j’ai une mission de mailleur, d’accompagnateur, d’accoucheur de projets sur le territoire. Questionner la manière dont on conçoit, dont on produit, dont on consomme. Innover en développant des modèles économiques sur des gisements de déchets présents sur la ville, faire essaimer les solutions déjà existantes qui fonctionnent. C’est par la coopération et les connections que le changement peut être systémique, et donc durable.


Propos d’Yves-Antoine Bauche recueillis par Florian D’Inca

Cet article a été initialement rédigé pour Fuyons la Défense, média et job board pour trouver un travail qui a du sens. Fuyons la Défense est partenaire d’On Purpose.